Pouvoirs de la parole

Rhétorique, séduction, argumentation et leurs limites.

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Pouvoirs de la parole

Ce thème du programme d'HLP (semestre 1 de terminale) interroge la parole comme puissance d'agir sur autrui : elle informe, persuade, séduit, blesse, engage. Trois entrées structurent la réflexion : l'art de la parole, l'autorité de la parole, les séductions de la parole.

I. L'art de la parole : la rhétorique

La rhétorique est, selon Aristote (Rhétorique, IVe s. av. J.-C.), « la faculté de découvrir, pour chaque question, ce qui est propre à persuader ». Elle repose sur trois moyens de preuve :

  • l'ethos : l'image de crédibilité que l'orateur donne de lui-même ;
  • le pathos : les émotions suscitées chez l'auditoire ;
  • le logos : la rationalité de l'argumentation.

Le discours classique suit cinq étapes : inventio (trouver les arguments), dispositio (les ordonner), elocutio (le style et les figures), memoria, actio (la voix, le corps, le regard).

Exemple : dans le plaidoyer judiciaire, l'avocat construit d'abord son ethos (compétence, sincérité), puis expose les faits (narratio), avant de conclure sur le pathos.

II. L'autorité de la parole

Toute parole ne vaut pas également : elle tire son autorité d'une institution (le juge, le prêtre, le professeur), d'un savoir (l'expert) ou d'une légitimité charismatique (le tribun). John Austin (Quand dire, c'est faire, 1962) montre que certains énoncés ne décrivent pas mais accomplissent une action : « je promets », « je vous déclare mariés », « la séance est ouverte ». Ce sont des énoncés performatifs, valides seulement si les conditions sociales sont réunies — un passant qui déclare un couple marié ne marie personne.

La parole publique est aussi le fondement de la démocratie : à Athènes, l'isegoria (droit égal de parler à l'assemblée) définit le citoyen. Périclès dans son oraison funèbre (Thucydide) fait de la délibération une condition de l'action juste.

III. Les séductions de la parole

La parole peut manipuler. Platon (Gorgias) accuse la rhétorique d'être une « flatterie » qui produit la conviction sans le savoir : le sophiste persuade la foule mieux que le médecin sur ce qui est sain. La distinction essentielle oppose :

ViseMoyenCritère
PersuaderL'adhésionÉmotion, ethos, styleEfficacité
ConvaincreL'assentiment rationnelPreuve, démonstrationVérité

Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich, 1947) analyse comment un régime totalitaire transforme le lexique quotidien pour empêcher la pensée critique : les mots répétés « s'insinuent comme de minuscules doses d'arsenic ». Orwell avec la novlangue de 1984 prolonge cette intuition : réduire le vocabulaire, c'est réduire l'espace du pensable.

IV. Parole et silence

Se taire est aussi un acte. Le silence peut signifier le consentement, la résistance (refus de témoigner), l'indicible (le témoignage des rescapés chez Primo Levi), ou la violence subie de celui à qui l'on retire la parole. La question « qui a le droit de parler ? » est politique : l'histoire des femmes, des colonisés, des minorités est aussi une histoire de la prise de parole.

V. Méthode : l'essai en HLP

  1. Analyser les termes du sujet (ici : « pouvoirs » au pluriel = capacités et domination).
  2. Problématiser : la parole libère-t-elle ou asservit-elle ?
  3. Mobiliser deux ou trois références précises (auteur, œuvre, idée) — mieux vaut trois références exploitées qu'une liste de dix noms.
  4. Conclure sur une position argumentée, sans neutralité vide.

À retenir

  • Aristote : ethos, pathos, logos ; cinq parties du discours.
  • Austin : les énoncés performatifs font ce qu'ils disent, sous conditions sociales.
  • Platon oppose la flatterie rhétorique au savoir ; persuader ≠ convaincre.
  • Klemperer et Orwell : le contrôle du langage est un instrument de pouvoir.
  • Le silence est une modalité de la parole, non son absence.

Sources et références

Ce cours est rédigé par l'équipe RévisionBac à partir du programme officiel et des sources institutionnelles ci-dessous. Elles permettent de vérifier les définitions, les chiffres et les normes citées.

  1. 1.Programmes et ressources du lycée général et technologiqueÉduscol — Ministère de l'Éducation nationale
  2. 2.Bulletin officiel de l'Éducation nationale (programmes du baccalauréat)education.gouv.fr
  3. 3.Œuvres littéraires et philosophiques numériséesGallica — BnF
  4. 4.Textes de loi et jurisprudenceLégifrance

Contenu vérifié et mis à jour le 08/08/2026. Les liens renvoient vers les sites officiels des éditeurs cités.

Historique éditorial

Ce chapitre est rédigé et relu par l'équipe RévisionBac, puis enrichi par les contributions validées.

  1. Dernière mise à jour du cours (relecture et enrichissement)
  2. Première publication de la fiche de cours