Comment est structurée la société française actuelle ?

Catégories sociales, stratification, mobilité.

Se connecter pour contribuerPublié le · Dernière mise à jour le

1. Ce que veut dire « structure sociale »

La structure sociale désigne la manière dont une société est organisée en groupes hiérarchisés et durables, séparés par des inégalités de conditions de vie et de position. La décrire, c'est choisir des critères de différenciation : profession, revenu, patrimoine, diplôme, âge, sexe, lieu de résidence.

Notions fondamentales

  • Inégalités économiques : écarts de revenus et de patrimoine.
  • Inégalités sociales : accès différencié à des ressources valorisées (santé, éducation, logement, loisirs, réseaux).
  • Classe sociale (approche réaliste) : groupe défini par sa place dans les rapports de production, conscient de lui-même et en conflit avec d'autres.
  • Groupe de statut / stratification (approche nominaliste) : positions ordonnées selon une combinaison de critères, sans conscience collective nécessaire.
  • PCS : nomenclature de l'INSEE en 6 grands groupes d'actifs (agriculteurs, artisans-commerçants-chefs d'entreprise, cadres et professions intellectuelles supérieures, professions intermédiaires, employés, ouvriers).

2. Marx et Weber : deux lectures classiques

Marx : deux classes antagonistes définies par la propriété des moyens de production, la bourgeoisie et le prolétariat. La classe existe pleinement quand elle a conscience de classe ("classe en soi" devenue "classe pour soi"). La dynamique historique est celle de la lutte des classes.

Weber : la stratification est multidimensionnelle. Il distingue l'ordre économique (les classes, définies par les chances sur le marché), l'ordre social (les groupes de statut, définis par le prestige et le style de vie) et l'ordre politique (les partis). Un enseignant peut avoir un prestige élevé et un revenu moyen : les ordres ne se recouvrent pas.

Cette distinction structure tout le chapitre : selon la théorie retenue, on conclura que les classes ont disparu ou seulement changé de forme.

3. Une structure qui s'est transformée

Depuis les années 1950, trois évolutions majeures :

  • Tertiarisation et salarisation : les ouvriers représentaient environ 40 % des actifs dans les années 1970 ; ils sont aujourd'hui autour de 19 %, tandis que les cadres et professions intermédiaires ont fortement progressé. Plus de 85 % des actifs sont salariés.
  • Élévation générale du niveau de diplôme et féminisation de l'emploi : le taux d'activité des femmes de 25 à 49 ans est passé d'environ 45 % en 1960 à plus de 80 %.
  • Moyennisation puis retour des inégalités : la thèse de la moyennisation (Mendras) décrivait une "constellation centrale" absorbant les extrêmes. Depuis les années 1980, on observe une polarisation : progression des très hauts revenus et précarisation du bas de l'échelle.

4. Mesurer : les outils obligatoires

  • Rapport interdécile D9/D1D9/D1 : rapport entre le seuil au-dessus duquel se situent les 10 % les plus aisés et celui en dessous duquel se situent les 10 % les plus modestes. En France, environ 3,4 pour le niveau de vie.
  • Coefficient de Gini : entre 0 (égalité parfaite) et 1 (inégalité maximale) ; environ 0,29 pour le niveau de vie en France, contre plus de 0,6 pour le patrimoine.
  • Courbe de Lorenz : représentation graphique de la part cumulée des revenus détenue par les x % les plus modestes.
  • Taux de pauvreté monétaire : part de la population sous 60 % du niveau de vie médian, soit environ 14,5 %.

Lecture chiffrée : dire que D9/D1=3,4D9/D1 = 3{,}4 signifie que les 10 % les plus aisés ont un niveau de vie au moins 3,4 fois supérieur au plafond des 10 % les plus modestes. Le patrimoine est bien plus concentré : les 10 % les mieux dotés détiennent environ la moitié du patrimoine total.

5. Multiplication des facteurs d'individualisation

Les identités collectives se sont brouillées : diversification des situations d'emploi (CDD, intérim, indépendance de plateforme), montée des critères non professionnels (genre, âge, origine, territoire), affaiblissement des institutions de classe (syndicats, partis, sociabilités ouvrières). On parle d'individualisation des trajectoires : les positions sont vécues comme personnelles plutôt que collectives.

Mais les inégalités persistent et se cumulent : espérance de vie à 35 ans supérieure d'environ 6 ans pour les cadres masculins par rapport aux ouvriers ; probabilité d'accès aux études supérieures très corrélée à la PCS des parents. On parle alors de classes sociales objectives sans conscience de classe.

6. Méthode pour l'épreuve

Pour une question du type "les classes sociales ont-elles disparu ?" : plan en deux temps — (I) des facteurs de brouillage (moyennisation, individualisation, montée d'autres clivages) ; (II) mais des inégalités structurées qui persistent (revenus, patrimoine, santé, pratiques culturelles, homogamie). Chaque affirmation doit s'appuyer sur une donnée chiffrée et un auteur.

7. À retenir

La structure sociale française s'est transformée sans devenir égalitaire : les frontières de classe sont moins visibles, mais les inégalités de patrimoine, de santé et de destin scolaire demeurent fortement hiérarchisées.

Sources et références

Ce cours est rédigé par l'équipe RévisionBac à partir du programme officiel et des sources institutionnelles ci-dessous. Elles permettent de vérifier les définitions, les chiffres et les normes citées.

  1. 1.Programmes et ressources du lycée général et technologiqueÉduscol — Ministère de l'Éducation nationale
  2. 2.Bulletin officiel de l'Éducation nationale (programmes du baccalauréat)education.gouv.fr
  3. 3.Statistiques économiques et socialesInsee
  4. 4.Études sur l'économie françaiseBanque de France
  5. 5.Données comparées internationalesOCDE
  6. 6.Données et bulletins de santé publiqueSanté publique France

Contenu vérifié et mis à jour le 08/08/2026. Les liens renvoient vers les sites officiels des éditeurs cités.

Historique éditorial

Ce chapitre est rédigé et relu par l'équipe RévisionBac, puis enrichi par les contributions validées.

  1. Dernière mise à jour du cours (relecture et enrichissement)
  2. Première publication de la fiche de cours