Faire la guerre, faire la paix
Formes de guerre, processus de paix, droit international.
Faire la guerre, faire la paix
Ce thème interroge les formes de conflit et les modalités de construction de la paix depuis l'époque moderne jusqu'aux conflits contemporains. La question centrale : la guerre est-elle un phénomène rationnel, encadré par le droit, ou une violence qui échappe à ceux qui la déclenchent ?
I. Les formes de la guerre
- Guerre interétatique : affrontement régulier entre États, avec déclaration, armées uniformées et objectifs politiques (guerres napoléoniennes, 1914-1918).
- Guerre civile : conflit interne pour le contrôle de l'État (Liban 1975-1990, Syrie depuis 2011).
- Guérilla : combat irrégulier, mobilité, appui de la population (Cuba, Vietnam).
- Guerre asymétrique : forces de puissance très inégale ; le faible évite la bataille rangée et vise l'usure politique de l'adversaire (Afghanistan, Sahel).
- Guerre hybride : combinaison d'action militaire, de cyberattaques, de désinformation et de pression économique (Ukraine depuis 2014).
Ordre de grandeur : la Première Guerre mondiale fait environ 10 millions de morts militaires, la Seconde entre 50 et 60 millions de morts au total, dont une majorité de civils — bascule décisive vers la guerre totale.
II. Penser la guerre
- Clausewitz, De la guerre (posth. 1832) : « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens ». Il propose la trinité gouvernement (raison) / armée (hasard et talent) / peuple (passions). Il distingue la guerre « absolue » théorique de la guerre réelle, freinée par la friction.
- Sun Tzu, L'Art de la guerre (v. Ve s. av. J.-C.) : la victoire idéale est celle obtenue sans combat, par la ruse, le renseignement et la manœuvre.
- Hannah Arendt, Du mensonge à la violence (1969) : la violence n'est pas le pouvoir ; elle apparaît quand le pouvoir, qui repose sur l'accord collectif, se délite.
III. Le droit de la guerre
Deux corpus distincts :
| Corpus | Question | Sources |
|---|---|---|
| Jus ad bellum | A-t-on le droit d'entrer en guerre ? | Charte de l'ONU (1945) : interdiction du recours à la force, sauf légitime défense (art. 51) ou mandat du Conseil de sécurité (chap. VII) |
| Jus in bello | Que peut-on faire pendant la guerre ? | Conventions de Genève (1949) et protocoles additionnels (1977) |
Le jus in bello repose sur trois principes : distinction (combattants/civils), proportionnalité (dommages collatéraux non excessifs), précaution. Le Statut de Rome (1998) crée la Cour pénale internationale et définit trois catégories d'incriminations : crimes de guerre, crimes contre l'humanité, génocide (défini par la convention de 1948 comme l'intention de détruire tout ou partie d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux).
Limite : la CPI n'est compétente que pour les États parties ou sur saisine du Conseil de sécurité ; trois membres permanents (États-Unis, Russie, Chine) n'ont pas ratifié le Statut.
IV. Construire la paix
- Paix par le traité : Westphalie (1648) fonde la souveraineté territoriale ; Versailles (1919) montre au contraire qu'une paix punitive peut nourrir le conflit suivant.
- Paix par l'organisation : SDN (1919, échec faute de force contraignante), puis ONU. Les opérations de maintien de la paix existent depuis 1948 ; les Casques bleus n'interviennent en principe qu'avec le consentement des parties, ce qui explique leurs échecs à Srebrenica (1995) et au Rwanda (1994).
- Paix par la justice : justice transitionnelle, dont la Commission Vérité et Réconciliation sud-africaine (1996-1998), qui échange l'aveu public contre l'amnistie.
- Paix par la reconstruction : programmes DDR (désarmement, démobilisation, réintégration), aide au développement, réforme du secteur de sécurité.
V. Étude de cas : le conflit israélo-palestinien
Camp David (1978) normalise la relation Égypte-Israël ; les accords d'Oslo (1993) créent l'Autorité palestinienne et posent le principe « la paix contre les territoires » ; les accords d'Abraham (2020) normalisent des relations avec plusieurs États arabes sans régler la question palestinienne. Les blocages récurrents portent sur le statut de Jérusalem, la colonisation en Cisjordanie, le droit au retour des réfugiés et les frontières. Le cas illustre l'écart entre paix diplomatique entre États et paix vécue par les sociétés.
À retenir
- Les formes de guerre se diversifient : interétatique, civile, asymétrique, hybride.
- Clausewitz relie guerre et politique ; Arendt oppose violence et pouvoir.
- Le droit distingue jus ad bellum et jus in bello ; son application dépend du rapport de force.
- Faire la paix suppose traité, organisation, justice et reconstruction : l'un sans les autres échoue.
Sources et références
Ce cours est rédigé par l'équipe RévisionBac à partir du programme officiel et des sources institutionnelles ci-dessous. Elles permettent de vérifier les définitions, les chiffres et les normes citées.
- 1.Programmes et ressources du lycée général et technologique — Éduscol — Ministère de l'Éducation nationale
- 2.Bulletin officiel de l'Éducation nationale (programmes du baccalauréat) — education.gouv.fr
- 3.Dossiers géopolitiques et institutions — Vie-publique.fr
- 4.Documents et traités internationaux — Nations unies
- 5.Patrimoine mondial — UNESCO
- 6.Textes de loi et jurisprudence — Légifrance
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Historique éditorial
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